Dans les céramiques d'Artema Galli, la Sicile n'apparaît pas comme une citation décorative. Elle revient dans les couleurs, les figures, l'ironie et la manière dont la tradition est continuellement démontée et recomposée.

Nous avons découvert Artema à travers ses majoliques peintes à la main : visages, « Pupe », formes irrégulières et personnages suspendus entre mémoire familiale et imagination. Son travail nous a frappés parce qu'il ne recherche pas la perfection sérielle. Il conserve plutôt le trait, l'imprévu de la cuisson et la personnalité de celui qui l'a réalisé.

Dans cette conversation, elle nous a raconté son enfance passée parmi les céramiques de Santo Stefano di Camastra, ses études en pharmacie, la naissance de son langage personnel et la raison pour laquelle elle continue de créer.

Interview et sélection d'images par Lorenzo et Elena — Vicode.

Portrait en bref

Artiste Artema Galli
Territoire Sicile
Matière Majolique
Début 1992
Tournant créatif 2008
Artema Galli au travail et sélection de majoliques siciliennes avec des visages peints à la main
Les mains de l'artiste, quelques visages en majolique et l'une des figures appartenant à son imaginaire.

Une céramiste sicilienne, sans folklore maniéré

Artema se définit comme « une Sicilienne comme il n'y en a pas plus Sicilienne ». Ses racines sont évidentes, mais ne deviennent jamais une limite. Têtes de Maure, décorations insulaires et souvenirs d'enfance sont relus à travers des proportions inattendues, des couleurs vitales et des personnages presque naïfs.

Dans son travail, des éléments apparemment opposés coexistent : la connaissance de la technique et le désir de se surprendre, l'histoire de la majolique et une figuration personnelle, le respect de la tradition et la nécessité de s'en éloigner.

La voix d'Artema

« Ma majolique naît de l'union entre la fantaisie aquarellée d'une enfant qui n'a jamais grandi et la fidélité à une tradition insulaire millénaire. »

De Santo Stefano di Camastra à un langage personnel

Le premier rapport d'Artema avec la céramique précède la connaissance des techniques. Enfant, elle observait et touchait les objets exposés dans les ateliers de Santo Stefano di Camastra. À la maison, elle essayait d'en reproduire l'aspect avec du Das et les couleurs disponibles.

Son parcours d'études a d'abord pris une autre direction. Elle a choisi le lycée classique et a ensuite obtenu un diplôme en pharmacie, poursuivant également un intérêt pour la chimie qui trouverait une nouvelle application dans le comportement des émaux, des pigments et des cuissons.

L'enfance

Les promenades parmi les céramiques de Santo Stefano di Camastra et les premières expérimentations avec les formes et les couleurs.

1992

Le début concret du travail avec la céramique et l'étude des techniques traditionnelles.

2008

La recherche de dessins, de décors et de formes plus proches de son identité personnelle.

Aujourd'hui

Une production en constante évolution, où chaque nouvelle œuvre ouvre une voie différente.

Artema Galli dans son atelier avec des vases en majolique, des pigments et une sculpture bleue
Couleurs, formes finies et moments de travail dans l'atelier d'Artema Galli.

La naissance des Pupe

Après des années consacrées aux formes et décors de la tradition, Artema ressentit le besoin de construire un langage qui la représenterait plus directement. De cette recherche naquirent les Pupe.

Le point de départ sont les traditionnelles Têtes de Maure et les histoires qui les accompagnent. Artema en conserve la force symbolique, mais modifie les expressions, les proportions et le caractère. Ses figures deviennent plus douces, ironiques et féeriques.

Les décors peuvent passer du géométrique au figuratif. Le visage n'est plus seulement le support d'un ornement, mais un personnage doté d'une présence propre, à mi-chemin entre mémoire sicilienne et imagination contemporaine.

Terre et fantaisie

Les racines restent reconnaissables, mais ne sont pas répétées. Elles deviennent la matière à partir de laquelle naissent de nouvelles figures, de nouvelles histoires et de nouvelles possibilités décoratives.

Conversation en atelier

01 — Les origines

Quel est ton premier souvenir lié à la céramique ?

Mon amour pour la céramique a des racines très lointaines. Enfant, j'en étais fascinée sans en connaître encore les techniques. J'expérimentais avec le Das et les couleurs, cherchant à obtenir quelque chose qui lui ressemblait le plus possible.

02 — Le processus

Quel est le moment créatif dans lequel tu te reconnais le plus ?

Plus que modeler l'argile, j'adore peindre. L'inconnue du résultat final me fascine, car les couleurs pour céramique changent après la cuisson. Le noir peut devenir vert, le lilas peut se transformer en bleu. Il faut imaginer à l'avance ce que le feu restituera.

03 — La Sicile

Dans quelle mesure tes racines influencent-elles tes choix de couleurs et de formes ?

Elles comptent beaucoup. Elles ont profondément influencé les premières années de mon travail. Aujourd'hui encore, je suis fascinée par les couleurs, les récits et les figures de la tradition sicilienne, en particulier par la légende des Têtes de Maure.

04 — L'imagination

D'où viennent les sujets suspendus entre rêve et réalité ?

De mon tempérament fantaisiste et de mon amour pour les contes de fées. J'aime rêver les yeux ouverts et me laisser surprendre par les petits détails du quotidien. Je vis souvent un peu dans les nuages et je crois que cette part de moi finit inévitablement dans mes œuvres.

05 — La recherche

Existe-t-il une œuvre que tu considères aujourd'hui comme ton manifeste ?

Je ne crois pas qu'il existe une seule œuvre capable de me représenter. C'est peut-être toujours la dernière, car je vis une constante agitation qui me pousse à chercher de nouvelles voies. C'est une sorte de stress créatif qui me maintient curieuse.

06 — Tradition et liberté

Comment réussis-tu à équilibrer le savoir-faire artisanal et la liberté contemporaine ?

Je suis la tradition, mais pas de manière rigide. Y adhérer scrupuleusement risquerait d'aplatir l'identité personnelle. Je préfère écouter mon tempérament et ce que je désire raconter. Finalement, les origines refont toujours surface et influencent les choix décoratifs et plastiques.

07 — La rencontre avec Vicode

Pourquoi as-tu choisi de collaborer avec Vicode ?

J'ai été frappée par l'originalité des produits et le goût avec lequel tout est présenté. Je me suis reconnue dans ce langage visuel et narratif et dans la manière dont les objets sont accompagnés de leurs histoires.

Imaginer la couleur avant le feu

Dans la majolique, la couleur visible pendant la décoration ne correspond pas nécessairement à celle qui apparaîtra après la cuisson. Le résultat exige des connaissances techniques, de l'expérience et une capacité quasi conceptuelle à imaginer la transformation.

C'est là que les études scientifiques d'Artema et sa sensibilité artistique semblent se rencontrer. D'un côté, le comportement des oxydes et des émaux ; de l'autre, le dessin, la figure et la liberté du coup de pinceau.

La forme Le volume sur lequel construire le récit
Le dessin Visages, géométries et figures tracés à la main
L'émail Couleur encore provisoire avant la cuisson
Le feu La transformation qui rend chaque pièce irremplaçable
Artema Galli peint à la main une majolique et des œuvres finies exposées à l'intérieur
Le trait peint à la main et quelques œuvres d'Artema intégrées dans des intérieurs.

Son pourquoi

« Je peins parce que je dois le faire. C'est une urgence intérieure : créer, simplement parce que je ne pourrais pas m'en passer. »

Artema Galli x Vicode

La collaboration avec Artema naît de la proximité entre deux manières d'appréhender l'objet. Non pas comme un simple complément décoratif, mais comme une présence dotée d'une voix, d'imperfections et d'une identité.

Chaque majolique est réalisée et peinte à la main. Les variations de couleur, de trait et de surface ne sont pas des défauts à corriger, mais des éléments qui distinguent une pièce de l'autre.

Dans la collection Artema Galli x Vicode cohabitent des vases sculpturaux, des assiettes peintes, des visages, des carreaux et des figures nées du dialogue entre la culture sicilienne et l'imagination contemporaine.

Visages, assiettes et petites sculptures dialoguent avec la collection Décoration, dédiée aux objets d'auteur pour l'intérieur.

Pour approfondir les matériaux, les techniques et les façons d'utiliser la céramique dans les intérieurs, vous pouvez également consulter notre guide de l'art de la céramique et de la décoration.

Les formes du récit

Majoliques peintes à la main dans lesquelles visages, symboles et couleurs transforment chaque objet en un personnage.

Découvrir la collection Artema Galli

Connaître Artema, c'est comprendre que la tradition peut rester reconnaissable sans rester immobile. Ses œuvres gardent la Sicile, mais la racontent avec une voix personnelle, ironique et en constante transformation.

Interview par Lorenzo & Elena — Vicode